Tarnation

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Réalisation, Scénario et Montage Jonathan Caouette
Monteur associé Brian A. Kates
Producteurs exécutifs Gus Van Sant, John Cameron Mitchell
Producteur Stephen Winter
Producteur associé Jason Banker
Production Wellspring
En association avec Nightlight Films

 

Jonathan Caouette

Jonathan Caouette réalise des films depuis l’âge de 8 ans.
Parmi ses courts-métrages, citons The Ankle Slasher (1987), The Techniques and Science of Eva (1988), Pig Nymph (1990), The Hospital (2001), et Fame (2002). Comme acteur, on a pu voir Jonathan en Jean-Baptiste schizophrène dans Salomé, en Judas gay dans Jesus Christ Superstar, et à la fois en Jean-Baptiste et Judas dans Godspell. Il a fait partie de la tournée européenne du Rocky Horror Show. Il est également apparu dans plusieurs films publicitaires et spots MTV ainsi que dans de nombreux films d’étudiants. Jonathan vit à New York, dans le Queens, avec son compagnon David Sanin Paz et sa mère, Renée Leblanc.
Tarnation est son premier long-métrage
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Grand Prix du Film Festival, Los Angeles 2004

Tarnation

Jonathan Caouette
Distribution :: 
Date de sortie :: 
10/11/2004
ETATS-UNIS. 2003. 1h28. 35mm. 1,85. Dolby SR.

Tarnation élabore une nouvelle écriture du documentaire.
Ce long métrage est l'autoportrait de Jonathan Caouette, 31 ans, qui dès l'âge de 11 ans, décide de filmer la chronique chaotique de son enfance dans une famille texane.
Avec Tarnation, il nous entraîne dans un tourbillon psychédélique à partir d'instantanés, de films d'amateur Super-8, de messages enregistrés sur répondeur, de journaux intimes vidéo, de ses premiers courts métrages et de bribes de la culture pop des années 80, accompagnés de scènes reconstituées, pour tracer le portrait d'une famille américaine éclatée par de multiples crises mais réunie par la force de l'amour.

À 11 ans, Jonathan Caouette emprunte la caméra vidéo d’un ami voisin et commence à enregistrer son  quotidien. Au cours des années suivantes, Jonathan utilise six formats différents : Super-8, Betamax, VHS, Hi-8 et surtout DV. Pour illustrer le récit détaillé de sa vie, il rassemble des photos, des messages sur répondeur et des journaux intimes enregistrés. Pendant vingt ans, Caouette amasse plus de 160 heures d’archives audio et vidéo où se dessine déjà le portrait douloureux et fascinant d’une famille moyenne américaine.

Entretien avec Jonathan Caouette

Vous tournez des vidéos d’amateur, des documentaires depuis l’âge de 11 ans. Comment vous êtes-vous mis à vous servir d’une caméra comme, selon vous, d’un bouclier ?
Filmer n’a jamais été seulement pour m’amuser. C’était un mécanisme de défense. C’était une question de vie ou de mort. Il fallait me défendre contre mon environnement et me dissocier des horreurs qui m’entouraient. Il est certain que le cinéma m’a sauvé la vie. Si je ne devais pas manger ou dormir, je travaillerais sur des films jour et nuit. Dans le métro pour me rendre à Manhattan, mes écouteurs sur les oreilles, je vois, gravées sur chaque visage, des épopées mythologiques.

Vous n’avez pas fait d’études de cinéma, mais il est clair que vous avez vu beaucoup de films. D’où vous vient cet intérêt ?
J’ai toujours souhaité devenir cinéaste ! Même à 4 ou 5 ans, je filais derrière la maison pour échapper à tous les adultes. Je disais : « Je suis en train de faire un film », et je récitais un scénario improvisé. Vers 7, 10 ans, je me chantais des chansons. Parfois, je faisais semblant d’être un des personnages de mes films. J’y incorporais des gens de ma banlieue qui ne me connaissaient pas, et qui faisaient partie, à leur insu, des films que j’imaginais.
Il y a eu une période de mon enfance, avant l’invasion du magnétoscope, durant laquelle j’allais au ciné avec mon grand-père et j’enregistrais le son sur des cassettes. A la maison, avec un tas de marqueurs, je dessinais sur un brouillon le film image par image ; entre autres The Wiz, L’Exorciste 1 et 2, et Phantasm. J’ai même eu un ciné-club chez mes grands-parents. Quatre rangs de sièges et une vraie cabine de projection installés dans notre grenier. Je projetais de grands classiques en 16 mm comme Les 5000 doigts du Dr. T et Phantom of the paradise dont j’empruntais les copies à la bibliothèque de Houston. Je projetais aussi le catalogue de mes films super-8. Ensuite j’ai assez économisé pour acheter un de ces dinosaures de projecteurs vidéo avec les trois grosses lumières, afin de visionner mes cassettes Beta et VHS.

Comment votre mère Renée a-t-elle réagi en voyant Tarnation ?
Renée adore le film. Elle est heureuse que son histoire soit connue. Renée n’est pas schizophrène. Le diagnostic est : désordre bipolaire aigu et désordre schizo-affectif, dans lequel la cyclothymie recouvre la schizophrénie. Autre-ment dit, Renée a des symptômes maniaco-dépressifs, mais elle n’est pas schizophrène à proprement parler. Elle a survécu et surmonté des épreuves psychologiques épouvantables. Son mal, encore présent, entre en phase de rémission. En ce moment, Renée est heureuse. Notre relation progresse chaque jour. Malgré le chaos de la vie, nos liens n’ont jamais été si forts. D’ailleurs, dans ma famille, il y a de l’amour en chacun de nous. Même si nous avons connu le chaos, la folie, et la maltraitance émotionnelle, je n’ai jamais douté que nous nous aimions.

Y a-t-il eu des personnes en particulier qui vous aient guidé dans la bonne direction ?
A l’âge de 12 ans, je me suis inscrit à la Big Brothers Big Sisters Association of America et j’ai eu la chance d’avoir pour parrain Jeff Millar, le critique de films du Houston Chronicle. Comme j’étais super cinéphile, pendant quatre ans, Jeff m’invitait aux projections en avant-première des films dont il devait faire la critique comme Moonstruck ou Au revoir, les enfants. Après, on allait dîner et on analysait le film ensemble. On avait des conversations très poussées à la manière de Siskel et Ebert. J’ai eu beaucoup de chance de trouver un adulte qui prenne au sérieux ma passion du cinéma.

Quels documentaires vous ont influencé et que pensez-vous de l’évolution du genre ?
Parmi mes préférés : Hell House (George Ratliff, 2001), Brother’s keeper (Joe Berlinger & Bruce Sinofsky, 1992), Streetwise (Martin Bell, 1984), Koyaanisqatsi (Godfrey Reggio, 1983), Grey gardens (Frères Maysles, 1975), Crumb (Terry Zwigoff, 1994), Woodstock (Michael Wadleigh, 1970) et Roger & me (Michael Moore, 1989).
Je crois que grâce à la prolifération de technologies peu coûteuses et faciles d’emploi, il va y avoir une révolution dans la manière de faire, de voir et d’apprécier le cinéma. Je crois que des personnes et des sujets jamais exploités à ce jour seront étudiés par des cinéastes. J’ai vu récemment un documentaire merveilleux sur la grande actrice africaine-américaine Beah Richards. C’était tourné en vidéo par une autre actrice que Beah avait rencontrée sur un plateau de télévision. Ce documentaire filmant avec sensibilité l’intimité de leur amitié était formidable. J’aime beaucoup l’idée que n’importe qui puisse prendre une caméra pas chère et un logiciel de montage afin de raconter son histoire.

Il y a une couleur My own private Idaho dans Tarnation. Le connaissiez-vous avant de commencer Tarnation ?
J’ai découvert le travail de Gus Van Sant avec My own private Idaho. J’étais fasciné par le fait que quelqu’un se soit penché sur cette jeune culture gay des rues dont, en fait, je faisais partie. J’avais 16 ans quand le film est sorti et c’était une période de ma vie où je pensais être le seul à connaître ce genre de garçons. Voir ces très beaux ados à problèmes qui se trouvaient être homos, mais sans que ce soit au cœur de leur identité, me parlait énormément. Les films de Gus me touchent de manière intime. Je ne le connaissais pas avant Tarnation. Ce sont John Cameron Mitchell et Stephen Winter qui ont apporté mon film à Gus Van Sant. Quand ils ont signé leur contrat de producteurs exécutifs, c’était le plus beau jour de ma vie.

Pouvez-vous parler de votre expérience de la dépersonnalisation ?
La dépersonnalisation, c’est comme devoir constamment s’accommoder avec des verres de lunettes mal adaptés. Me fixer dans l’instant me prend une inlassable énergie mentale. Je me demande si ce qui m’arrive est réel ou rêvé. Par ailleurs, j’adore tout ce que je vis ainsi que les gens qui m’entourent.

Tarnation a reçu un accueil très positif. Quelle est votre réaction ?
Je trouve cet accueil miraculeux quand on pense à ce que j’ai vécu. Parmi le public de Sundance, plusieurs personnes sont venues vers moi sans dire un mot et m’ont pris dans leurs bras. Il est rare de voir les gens se connecter à un film aussi viscéralement. Des gens m’ont raconté leurs histoires personnelles de maladies mentales ou de dépression, et ont partagé avec moi l’expérience de la survie. Je suis heureux que mon histoire soit entendue. Je veux aussi que l’on comprenne les malades mentaux et que l’on ait de l’empathie pour eux