Taxi Sofia (Posoki)

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MISHO VASSIL VASSILEV-ZUEK • VLADO IVAN BARNEV • ZHORO ASSEN BLATECHKI • RADA IRINI ZHAMBONAS • KOSTA VASIL BANOV • PETAR TROYAN GOGOV • ANDREY DOBRIN DOSEV • MITKO GUERASSIM GUEORGUIEV-GERO • MANOL DIMITAR BANENKIN • NIKOLA STEFAN DENOLYUBOV

RÉALISATEUR STEPHAN KOMANDAREV • SCÉNARISTES SIMEON VENTSISLAVOV - STEPHAN KOMANDAREV • CHEF OPÉRATEUR VESSELIN HRISTOV • PRODUCTEURS ARGO FILM - BULGARIE - STEPHAN KOMANDAREV - KATYA TRICHKOVA / AKTIS FILM PRODUCTION UG - ALLEMAGNE - STELIOS ZIANNIS - VERA WEIT / SEKTOR FILM - MACÉDOINE - VLADIMIR ANASTASOV - ANGELA NESTOROVSKA

 

Stephan Komandarev

Né en1966 à Sofia, Stephan Komandarev étudie à l’Université de médecine puis travaille pendant quatre ans comme psychiatre dans une clinique pour enfants. En 1998, il obtient un diplôme dans la filière « Réalisation cinéma et télévision » de la Nouvelle Université bulgare de Sofia.
Il réalise son premier court métrage, DUEL, en 1996 suivi entre autres, de THE BALLOON qui remporte le Prix du Meilleur film au Festival du Film Étudiant de Sofia et le Prix du Public au Festival du Film de Fin d’études de Poitiers en France.
Entre 1998 et 2001, il réalise une série de soixante cinq épisodes pour l’émission télévisée Monday 8½, consacrée à l’histoire du cinéma bulgare.
En 2000, il réalise DOG’S HOME, son premier long métrage de fiction, sélectionné aux festivals de Berlin (« Nouveau cinéma »), de Varsovie et au Festival des Films du Monde de Montréal. Il crée ensuite la société de production Argo Film.
En 2002, son premier long métrage documentaire BREAD OVER THE FENCE montre deux villages bulgares dont la population est majoritairement catholique et qui vit en harmonie avec leurs voisins orthodoxes et musulmans. L’année suivante ilréalise ALPHABET OF HOME, documentaire sur des enfants bulgares et trucs qui doivent faire 140 km par jour pour aller à l’école.
Stephan Komandarev tourne en 2008 son second long métrage de fiction THE WORLD IS BIG AND SALVATION LURKS AROUND THE CORNER, un road movie tourné entre l’Allemagne et la Bulgarie, l’histoire d’un jeune garçon qui, devenu amnésique à la suite d’un accident de voiture, part en quête de ses origines…
THE WORLD IS BIG remporte le Prix Spécial du jury au Festival International du Film de Varsovie en 2008, le Prix du public au Festival du Film de Taipei en 2009 et le Prix du public au Festival du Film d’aventures de Valenciennes en 2010. Il est le premier film bulgare à être présélectionné pour l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère. Il réalise et produit en 2009 un nouveau long métrage documentaire THE TOWN OF BADANTEWOMEN à propos de Varchet, un village bulgare où la majorité des femmes ont immigré en Italie, laissant seuls leurs enfants et leurs maris. THE JUDGEMENT en 2014 est à nouveau une fiction qui évoque la crise migratoire en Europe et où un homme décide d’introduire clandestinement des migrants de Syrie en Bulgarie en passant par les
montagnes. Komandarev y fait un parallèle entre l’immigration syrienne des années 2010 et l’exil des transfuges communistes dans les années 1990 : mais tandis que les anciens communistes fuyaient l’Europe de l’Est par les montagnes, les migrants aujourd’hui se dirigent vers l’Union Européenne qui est pour eux comme « une terre promise ».
Inspiré d’une nouvelle de Tchekhov mais aussi de faits réels, TAXI SOFIA nous plonge dans le quotidien de six chauffeurs de taxi, qui circulent la nuit dans les rues de Sofia.
Il a été présenté au 70e Festival de Cannes en Sélection officielle dans le cadre de « Un Certain Regard ».

Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Un Certain Regard - Festival de Cannes 2017

Taxi Sofia (Posoki)

Stephan Komandarev
Distribution :: 
Date de sortie :: 
11/10/2017
Bulgarie / Allemagne / Macédoine / 2017 / 1h43

Lors d’un rendez-vous avec son banquier, un petit entrepreneur qui travaille comme chauffeur de taxi pour arrondir ses fins de mois découvre que le montant du pot de vin qu’il doit verser pour obtenir son prêt a doublé. Désemparé, l’homme tue le banquier et se suicide. Le drame suscite un débat national à la radio au sujet du désespoir qui a saisi la société civile. Pendant ce temps, cinq chauffeurs de taxi et leurs passagers roulent dans Sofia la nuit, chacun dans l’espoir de trouver un avenir meilleur.

 

Rencontre(s) avec Stephan Komandarev

NOTE D'INTENTION

L’idée de ce long métrage est née sur la banquette arrière d’un taxi, un jour glacial de janvier 2015.
Le chauffeur me racontait que les taxis de Sofia étaient quelque chose comme les services sociaux de Bulgarie : quand les gens avaient perdu un emploi, la première chose qu’ils essayaient, c’était de devenir chauffeur. Il venait lui-même récemment de perdre son poste de professeur de sciences nucléaires à l’Académie Bulgare des Sciences. Il m’a raconté l’histoire de collègues – enseignants, scientifiques, prêtres, musiciens, boulangers – qui conduisent des taxis la nuit rien que pour survivre et payer leurs frais. C’est également de lui que je tiens la boutade voulant que la Bulgarie soit un pays plein d’optimistes parce que les pessimistes et les réalistes l’ont quitté depuis longtemps.
J’ai commencé à travailler sur le scénario après nm’être entretenu avec un homme dont l’histoire m’a paru concorder avec l’image que je me faisais des chauffeurs de taxi : il avait roulé toute la nuit – quelques 400 kilomètres – pour arriver à l’hôpital à temps pour sa propre greffe du coeur.
Tout en écrivant, je ne cessais de prêter une oreille attentive aux propos des chauffeurs de taxi, qui semblent posséder un sens très précis des réalités sociales. Ils exprimaient leur point de vue sur un pays totalement dénué d’esprit, où la pauvreté et une inégalité toujours croissante ont généré un sentiment d’échec qui traverse toute la société.
Pour d’énormes groupes de personnes, le rêve d’une vie respectable a été remplacé par une lutte obstinée pour une survie primitive au quotidien.
Comme je suis un ancien médecin, avec cinq ans d’expérience en tant que pédopsychiatre, j’ai essayé d’imaginer une cure pour notre société malade. Quelle direction  suivre pour atteindre la guérison ?
J’ai décidé que le premier pas à faire pour comprendre et traiter le patient était de procéder à un inventaire franc et honnête des dysfonctionnements de la vie quotidienne dans mon pays. L’idée de cet inventaire est devenue le coeur de mon long métrage. J’espère que TAXI SOFIA aura des répercussions émotionnelles et qu’il suscitera des débats – chez nous comme à l’étranger – au sujet de l’état actuel de notre civilisation et de la direction que nous prenons.
L’histoire de Misho, qui ouvre le film, est basée sur un incident véritable qui a mis toute la nation en émoi voici deux ans. Un certain nombre d’autres détails du scénario sont inspirés de faits réels. Mon but cependant n’était pas tant de faire le récit d’histoires vraies que de représenter au moyen de la fiction dramatique la vérité émotionnelle au cœur de chaque situation. Pour ce faire, j’ai eu recours à l’assistance de Todor Todorov, l’un des psychologues criminalistes les plus respectés de Bulgarie, qui par ses conseils m’a aidé à décrire l’essence de chaque caractère.
Chaque épisode consiste en un unique plan-séquence, répété une fois avant le tournage et filmé avec une Arri Alexa Mini. La méthode que j’ai appliquée était ambitieuse et faisait appel à des émotions parfois difficiles à gérer ; mais en dépit de la dureté de ce que nous montrons, nous avons pris plaisir à y glisser de la chaleur et même parfois, à l’occasion, une plaisanterie.
Je vis en Bulgarie, où j’élève mes deux enfants. Quand je les regarde, je ne peux pas m’empêcher de me demander dans quel genre de monde ils vivront une fois adultes. Qu’est-ce qui les attend, à quoi doivent-ils s’attendre ? Et comment renverser le déclin actuel des valeurs sociales et éthiques ?
La fille de Misho est jouée par ma propre fille, âgée de 13 ans. Dans le premier plan, on la voit regarder son père d’un air interrogateur, et dans le dernier plan, on la voit aller au collège dans la neige. Nous sera-t-il possible de rompre avec le passé et de démarrer une nouvelle vie ? Ce film est ma prière pour mes enfants, ma communauté et mon monde.
Stephan Komandarev
 


 

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Comment avez-vous imaginé d’une part les personnages et les situations qu’ils traversent : la vengeance de la femme chauffeur, le prêtre chauffeur de taxi qui cherche à convertir ses passagers, celui du début qui va aller au meurtre par désespoir etc. Sont-ils inspirés de personnages bien réels ? Avez-vous vous même rencontré certains de ces chauffeurs à Sofia ?
La réalité c’est que nous avons écrit 11 versions du scénario. La plupart des personnages et des situations sont vraiment inspirés par des histoires vraies et par de vraies personnes, néanmoins pendant ce long procédé d’écriture et de réécriture, on a changé beaucoup de choses : au début c’était de la pure réalité. On a gardé le sens de cette réalité mais les choses ont évolué. J’ai rencontré plusieurs chauffeurs de taxi. On a même eu deux chauffeurs de Sofia qui ont été comme des consultants sur le film. Ils ont lu les différentes versions du scénario. Ils nous ont donné beaucoup de conseils. Nous avons discuté ensemble de toutes les situations présentes dans le scénario. Ils nous ont donné leur approbation totale sur le scénario final qui pour eux, était conforme à la réalité. Mais certaines des histoires du film sont totalement réelles : la première par exemple avec ce chauffeur qui tue le banquier, s’est passé il y a deux ans. C’est un événement qui a été beaucoup discuté dans tous les medias bulgares. Cette histoire-là est restée dans le film. Et beaucoup d’autres histoires/faits divers ont été des sources d’inspiration pour notre film.

Ces moments difficiles qu’ils vivent, est-ce particulièrement propre aux chauffeurs de taxi à Sofia ou font-ils écho à des situations similaires en Europe ?
Oui toutes ces histoires sont typiques de Sofia mais moi ce que j’ai beaucoup aimé de toutes les réactions que le film a provoqué à Cannes, c’est que beaucoup de critiques ont écrit que ces histoires-là sont typiques de Sofia mais qu’on pourrait vraiment les croiser dans tous les autres pays d’Europe !

Comment ont été choisis les lieux ? Certains lieux de Sofia étaient-ils prépondérants pour vous et ont-ils pu même inspirer des situations du film ?
Non. D’abord nous avons eu le scénario. Les situations étaient claires et après nous avons commencé un long processus pour choisir les lieux de tournage. Ça nous a pris une demi-année. Chaque soir avec mon directeur de la photographie et le directeur artistique, quartier par quartier, nous avons traversé tous les lieux de Sofia. Nous avons fait quelque chose comme 12 000 kms avec ma voiture dans la ville pendant 6 mois pendant la nuit pour que nous puissions choisir les différentes nuances de Sofia. Nous voulions à la fois le centre, mais aussi toutes les périphéries de la ville, les ghettos de Sofia. Nous voulions avoir tous les différents aspects de cette ville. Néanmoins nous savions que certaines histoires devaient se situer dans le centre comme celles reliées à cet hôpital cardiologique du centre de la ville. Il y avait aussi cette histoire de la femme chauffeur de taxi où là nous devions partir de l’aéroport pour aller dans les quartiers périphériques, donc c’était vraiment un processus de 6 mois de repérages dans la ville...

Comment avez-vous installé les caméras dans les taxis ? Avez-vous même fabriqué de faux taxis?
Nous avons eu seulement une caméra, une Alexa mini qui était entre les mains du directeur de la photo. Cette caméra entrait et sortait avec les comédiens des taxis. Les taxis étaient réels, ils appartenaient à la compagnie Yellow Taxis qui estdevenue partenaire du film. Ces taxis travaillaient pendant la journée comme vrais taxis et la nuit nous les utilisions pour le tournage de notre film.

Le choix de tourner chaque épisode en plan séquence ?
C’était une question que nous avons beaucoup discutée avec mon directeur photo Vesselin Hristov. L’idée principale était de garder le goût de la réalité et de l’authenticité dans le film. Le plan séquence nous semblait la meilleure solution pour garder cela. Voilà pourquoi nous avons pris cette décision. C’était beaucoup plus difficile mais quand même j’étais très content de ce choix de tournage. C’était quelque chose de nouveau pour moi et pour les comédiens mais je suis très heureux du résultat final !

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à réaliser et pourquoi ?
Toutes les scènes étaient en fait difficiles, en particulier la toute première séquence qui est la seule de jour dans le film. Dans la journée la circulation à Sofia est très importante et dense : c’était le week-end des élections présidentielles à Sofia ! Donc il y avait une double difficulté pour les comédiens : Ils devaient à la fois prétendre conduire un taxi tout en le faisant dans les pires conditions vu le trafic intense qu’il y avait dans Sofia ! Il y avait aussi cette séquence très dure du suicide
sur le pont car il s’agissait d’un plan séquence de 19 minutes très long donc et il a fallu pour la tourner trois cadreurs : un pour manier la caméra dans la voiture, un sur le pont et un sur une grue, face au pont. Mais chaque scènes avait ses difficultés propres comme celle où le chauffeur de taxi essaie de tromper son client le juriste avec l’addition : il fallait faire du maquillage pendant le tournage de cette scène avec le chauffeur qui devait avoir le visage ensanglanté et mon chef maquilleur ne disposait que de 15 secondes pour faire le maquillage sanglant du chauffeur pendant que la caméra se tournait vers le comédien qui faisait le juriste dans le taxi !
Nous avons fait beaucoup de répétitions avant. Nous avons tourné une première fois tout le film avec une petite caméra, les comédiens et les taxis. Nous avons fait le montage qui était de 1h45 avant le tournage principal ! Nous avons regardé cette version du film avec mes comédiens et toute l’équipe. Nous avons discuté tous ensemble de beaucoup de choses et ça nous a beaucoup aidé avant de commencer le « vrai tournage ».