A vot' bon coeur

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Scénariste : Paul Vecchiali
Producteur : Jacques Le Glou
Production : JLA Audiovisuel
Compositeur : Roland Vincent
Photographie : Philippe Bottiglione
Monteur : Florence Leconte
Chef monteur : Paul Vecchiali

 

Paul Vecchiali

2004 : A vot' bon coeur
2003 : La Marquise est à Bicêtre
1997 : La Machine
1996 : L'@mour est à réinventer
1996 : Zone franche
1994 : Wonder Boy
1988 : Encore
1988 : Le Cafe des jules
1985 : Rosa la Rose
1984 : Trous de mémoire
1983 : En haut des marches
1983 : L'Archipel des amours
1978 : Corps a coeur
1978 : Maladie
1974 : Femmes, femmes
1972 : L'Etrangleur
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

A vot' bon coeur

Paul Vecchiali
Distribution :: 
Date de sortie :: 
31/08/2005
FRANCE. 2004. 1h33. 35mm. Couleur.

Un été, au Kremlin-Bicêtre, deux histoires se télescopent dans un feu d'artifice tragi-comique. Un réalisateur et ses comédiens, qui n'arrivent pas à terminer le film qu'ils ont commencé et qui a été refusé à l'avance sur recettes, assassinent les membres de la commission. Seul le président en réchappe. D'autre part, un Mandrin moderne et muet, en rollers, vole l'argent des riches pour le donner aux pauvres.

À vot’bon cœur monsieur Vecchiali

[Extraits] – entretien réalisé par Émile Breton,
L’Humanité le 12 mai 2004
Paul Vecchiali revient de loin. Il a failli mourir en 1998. Mourir : façon de parler comme lui, né à Ajaccio en 1930, qui écrit dans son livre les Frontières de l’aube [Éditions Stock] qu’il est né « un peu après le déjeuner le 18 août 1936 dans le jardin de la Maison des touristes, à Aix-les-Bains ». Car pour lui, naître, c’était naître au cinéma. Il avait alors six ans et quatre mois et il raconte ce que fut cette naissance, la vraie. Il venait de voir sur une page de Vogue traînant sur une table le portrait occupant une page entière de Danielle Darrieux. Il rapporte ce dialogue : « Maman, quand je serai grand, je veux faire du cinéma – Eh bien, nous sommes frais ! Et pourquoi ? – Je veux rencontrer Danielle Darrieux. – Mais tu peux la rencontrer n’importe où, Danielle Darrieux. (Je m’énervai.) – Ah non, non, pas n’importe où, au cinéma, seulement au cinéma ! » Le petit garçon savait ce qu’il voulait : quarante-sept ans plus tard, il dirigeait celle qui l’avait éveillé au cinéma dans son septième long métrage, en haut des marches.
Et, bien plus tard encore, en 2002, c’est elle qui… Mais n’anticipons pas : la résurrection viendra en son temps. On en est pour l’instant à la mort frôlée. Car, s’il est vrai qu’il était né en 1936, l’arrachement au cinéma, en l’an 1998, ne pouvait être vécu par lui que comme une mort. Elle survint à la suite d’une maladie courante en ce monde : le manque d’argent pour tourner. Il s’en est sorti avec un film solaire, À vot’ bon cœur, où un réalisateur massacre dans la joie ceux qui lui refusent les moyens de tourner son film, miracle d’équilibre entre la bouffonnerie et le pathétique. On en reparlera. Pour l’instant, on l’écoute évoquer ce trou noir dans sa vie et le bonheur qui advint par la suite puisque, ce film bouclé, il s’est attaqué dans la foulée à un autre : + si @ff. (en tout bien tout honneur), sur la drague homo par Internet et les surprises qu’elle réserve.

Ce cher Watteau
Après avoir fait Victor Schoelcher pour Canal Plus, je me suis dit que j’allais arrêter de faire du cinéma. Non pas à cause de ce film, mais à la suite des difficultés rencontrées pour monter quelque autre projet que ce soit, la Commission d’avances sur recettes me retoquant à tous les coups, avec cette réponse immuable : “On veut bien aider Vecchiali, mais pas sur ce scénario-là.” Ce fut une période très dure : les petits films n’aboutissaient pas, parce qu’on me refusait l’avance ; les gros films, je n’arrivais pas à trouver les financements, et ils me coûtaient même de l’argent. Sans parler d’un incroyable investissement en temps. Je suis ainsi resté huit ans à travailler sur la vie de Watteau et j’y ai laissé un million de ma poche.[…] Alors, il y a eu la lassitude, je me suis dit : le masochisme, très peu pour moi. Donc, j’ai pris du recul, j’en ai parlé avec mon compagnon, je lui ai dit que j’avais l’impression qu’il valait mieux stopper.

Revoilà Danielle Darrieux
Puis il y a eu la rétrospective en 2002 à la Cinémathèque où Danielle Darrieux, en revoyant En haut des marches, a dit aux spectateurs : “Il n’a pas le droit d’arrêter ; dites-lui qu’il n’a pas le droit d’arrêter.” Alors, je suis reparti avec un projet que j’avais depuis longtemps, qui s’appelait La marquise est à Bicêtre, un burlesque social que j’avais écrit des années avant, pour elle et pour Girardot. Et pas mal d’autres comédiens, car il y avait beaucoup de personnages. Eh bien, on m’a refusé l’avance sur recettes, avec toujours cette même phrase : “On veut bien aider Vecchiali, mais pas sur ce scénario-là”, que je commençais quand même à trop bien connaître. Le producteur, qui aimait beaucoup le scénario, m’a dit : “On va se représenter, je vais faire tout ce qu’il faut.” On s’est représenté et de nouveau on a été refusé, avec toujours la même phrase. Là, je me suis dit : “C’est un indice, j’avais raison, il faut arrêter.” Je suis parti dans le Midi, passer trois semaines. À mon retour, beaucoup de comédiens et de techniciens sont venus me voir et m’ont dit : “Paul, on est là. On est prêt à t’aider.” Marie-Claude Treilhou a insisté : “Il faut que tu tournes, c’est une question de dignité.” Je suis monté dans ma chambre, cinq jours après, le scénario était écrit, trois semaines après on tournait. J’avais inclus dans ce projet les séquences d’un film commencé quatre ans auparavant et que je n’avais pu achever faute de moyens, la Guêpe. Je me suis dit en effet que ça serait pas mal d’intégrer ce tournage-là, surtout pour montrer le travail de ces jeunes acteurs qui chantent si bien leur rôle. L’idée de base, c’était de faire un travail sur l’argent, puisque j’avais essuyé tant de refus ; et il y en avait une autre, autour de laquelle je tournais depuis longtemps, celle de Mandrin volant les riches pour donner aux pauvres. Enfin est venu s’ajouter à cela le fantasme d’assassinat des membres de la Commission d’avances sur recettes. Mais en rigolant, bien sûr. C’est Françoise Lebrun qui m’a dit : “Pourquoi ne mélanges-tu pas les deux ?” Et là, tout d’un coup, il m’est apparu clairement que c’était la solution. Car on voit bien la circulation de l’argent, le cambrioleur qui vole les uns pour donner aux autres, et le cinéaste, qui n’en a pas, et qui cherche à en obtenir avec toute son équipe : la synergie est bonne. C’est cela qui m’a guidé, et dès lors j’ai écrit très vite le scénario. C’est sans doute de ces dissonances dont j’avais besoin pour me mettre au travail.

Miracle d’équilibre
Pour moi, dans la littérature comme en cinéma, j’ai envie que les gens fassent leur marché, qu’ils choisissent ce chapitre-là, cette séquence-là, qu’ils prennent ce qui leur convient. Cette hétérogénéité ne doit pas empêcher la fluidité, mais les éléments qui la constituent sont hétérogènes. L’image que je prends toujours pour un film, c’est celle du fleuve. Si tu regardes à la surface, tu vois l’eau qui coule, majestueuse, mais pour peu que tu te penches c’est la merde que tu vois, la merde, les saloperies, les bouts de plastique, tout ce qu’il charrie. Et je voudrais, moi, arriver à retrouver ça au cinéma, l’image du fleuve. Le flot est d’autant plus beau qu’il charrie plus de saloperies, ça prouve qu’il est plus fort, plus vigoureux. De même que j’ai toujours dit : “Je me fous éperdument de faire une merde si elle est nécessaire à ma trajectoire.” C’est pourquoi, finalement, j’ai foncé dans À vot’ bon cœur, et c’est seulement après coup, me demandant si la mayonnaise avait pris, si ce catalogue de situations dramatiques, de personnages comiques, finissait bien par faire un film, que quelques doutes me sont venus. Mais Godard, à qui je l’avais montré à cause de ces doutes, m’a dit : “Surtout ne touchez rien, il y a un miracle d’équilibre et de virtuosité”. Il a ajouté : “C’est Minnelli plus le Front popu.” C’est de l’hétérogénéité ça, non ? Et je dois dire que ce dont, sans doute, je suis le plus content, c’est ce contraste entre les extraits montrés de ce film précédent, la Guêpe, qui est très noir, très sombre, un film d’intérieur et de nuit, et le côté solaire de ce qui se passe autour, dans les rues, les jardins, les cours, ce que j’ai tourné concernant les discussions autour de ce film inachevé et les batailles pour le présenter devant la Commission d’avance sur recettes. […] Dès l’écriture du scénario, je m’étais dit : “Je vais rassembler un peu ma famille”, et tout le monde m’a dit oui. Oui, tout de suite : Surgère pour une silhouette, Silberg pour un petit plan, Raynal pour un rôle de journaliste télé incroyable de culot et d’incompétence, Fabienne Babe pour un bref passage dans un jardin, et bien d’autres. Et en plus, on était en pleine grève des intermittents du spectacle. C’est ça qui est formidable ! Marie-Claude Treilhou a été magnifique. Comme, d’après le scénario, elle est une des membres de la Commission d’avances que je dois liquider, quand elle me dit, le regard acéré : “Et moi, comment aurais-tu imaginé me tuer ? Avec une référence cinéphilique, je suppose ?”, j’étais derrière la caméra, j’en suis resté complètement baba. Aussi ces quelques jours ont été un grand bonheur. Cela ne peut être que de la joie, lorsque des gens viennent te voir pour te dire : “Paul, on est là, il faut que tu tournes.” Et ce n’étaient pas des phrases : le chef machiniste, un hyper syndicaliste, a fait le film gratuitement et m’a dit à la fin : “Paul, n’aie pas de remords, parce que je viens de prendre une grande leçon de cinéma et ça, ça vaut de l’argent.” C’est formidable de s’entendre ainsi remercié, mais quand même j’ai culpabilisé. Il est évident qu’on ne peut pas fonctionner ainsi. Je me suis dit que je n’étais pas arrivé à mon âge, soixante-treize ans, pour demander à des gens de travailler gratuitement. Cela ne fait pas partie de ma morale. C’est en effet justement pour ça, pour que tous ceux qui travaillent soient payés, que j’avais tant investi autrefois dans ma maison de production Diagonale, où l’on a toujours été d’une rigueur extrême. On ne devait pas un sou à qui que ce soit, jamais. Dans un film, les gens étaient payés, les fournisseurs étaient payés, et il y avait des royalties évidemment pour les réalisateurs parce que je ne pouvais pas les payer énormément, mais ces royalties, ils les touchent toujours. Aussi, cette situation de pseudo-mendicité (c’est bien le cas de le dire, pour un film qui s’appelle À vot’ bon cœur…) dans laquelle je m’étais mis ne me va pas du tout. Même si je les voyais heureux. Car il est vrai qu’il est encore plus difficile pour un technicien ou pour un comédien de ne pas faire son métier que de manquer d’argent. Ils me disaient : “Écoute, on n’a rien à faire et tu nous donnes la possibilité d’exercer notre métier.” Au fond, c’était eux, l’avance sur recettes : ils l’ont remplacée.