Wassup Rockers

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Réalisation   Larry Clark
Sujet  Larry Clark, Matthew Frost
Photographie Steve Gainer, ACS, Brian Sweeney, Billy Park
Son Steve Weiss, Jerry Wolf
Montage Alex Blatt
Son  Montage Miguel Rivera, Keith Bilderbeck
Son ADR Michael J. Fox
Musique  Steve Mccroskey
Producteurs exécutifs Patrick Meehan, Sharon Stone
Producteurs Larry Clark, Kevin Turen,Henry Winterstern
Producteurs associés  Arianne Fraser, Matthew Frost
Directeur de Production  Terry Spazek
Chef Décorateur John de Meo
Décors Peggy Paola
Coordinateur d’Effets spéciaux Josh Hakian
Une production Glass Key

 

Larry Clark

Avant de se tourner vers le cinéma, Larry Clark se lance dans la photographie dès 1963. En 1971, paraît Tulsa, son premier album dans lequel il expose les pratiques déviantes des marginaux de sa ville natale. Ce livre fait grand bruit par son sujet sulfureux et son ton délibérément provocateur.
Larry Clark publie en 1983 un deuxième recueil de photos autobiographiques, intitulé Teenage lust, pour lequel il obtient une bourse de la National Endowment for the Arts (Fondation nationale pour les arts). Suit en 1993 The Perfect childhood, un ouvrage dans lequel il présente des jeunes gens à moitié nus en pleines étreintes ou s'amusant avec des armes.
Encouragé par Gus Van Sant et Martin Scorsese, deux de ses plus grands admirateurs, Larry Clark passe à la réalisation de longs métrages et met en scène Kids qui sera présenté aux Festivals de Sundance et de Cannes en 1995. Là encore, il explore les dérives du monde adolescent à travers un groupe de jeunes gens de Manhattan qui sombrent dans la drogue.
Se situant dans le même registre et inspiré de faits réels, Another day in paradise, son second long métrage, est un road movie sanglant dans lequel James Woods et Melanie Griffith initient un jeune couple aux pratiques criminelles. Cette œuvre obtient le Grand Prix du Festival du film policier de Cognac en 1999. En 2001, Larry Clark met en scène Bully, l'histoire du meurtre sauvage d'un adolescent tyrannique par quelques-uns de ses amis.
Toujours dans la même veine, il coréalise avec son chef-opérateur Edward Lachman Ken Park (2003), un tableau provocant de jeunes Américains trompant leur ennui avec du sexe, de la violence et de la perversion. Ce film est l'occasion pour Larry Clark de collaborer à nouveau avec Harmony Korine, le scénariste de Kids.

1994 Kids
1998 Another day in paradise
2001  Bully
2002 Teenage caveman
2002 Ken Park
2004 Wassup rockers
2005 Shame 
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 

Wassup Rockers

Larry Clark
Distribution :: 
Date de sortie :: 
05/04/2006
Etats-Unis - 2005 - 1h45 -35 mm -couleur -1.85 - Dolby SR

Pour sortir du quotidien de leur ghetto du South Central de Los Angeles, un groupe de jeunes latino-américains, fans de punk-rock, opte pour aller skater le fameux «nine stairs» de Beverly Hills.

Là-bas, ils se lient à des jeunes filles de riches familles et suscitent de la jalousie. Leur présence détonne très vite dans le paysage local…

NOTES DE PRODUCTION
LARRY CLARK : « LES GOSSES SONT SENSATIONNELS! »
Larry Clark a fait la connaissance des adolescents de WASSUP ROCKERS alors qu’il effectuait une séance photos pour Rebel, le magazine français branché. Le modèle devait être Tiffany Limos, le premier rôle féminin de son récent film KEN PARK. Ayant parcouru Los Angeles en quête d’une toile de fond intéressante, Clark, Limos et le représentant du magazine ont atterri à Venice, où Kico et Porky faisaient du skate-board.

Clark explique : « il y avait ces gosses, Kico et Porky, de 12 et 13 ans, vêtus de T-shirts et de pantalons serrés. Ils avaient l’air différents, intéressants. Ils m’ont dit qu’ils étaient de South Central et qu’ils avaient pris deux bus pour venir jusqu’à Venice. Je leur ai alors expliqué que nous faisions une séance photos, et nous avons pris rendez-vous, Tiffany, le représentant du magazine et moi pour nous rendre à South Central histoire de voir ce que nous pouvions y trouver. »

C’est à partir de là que Clark a commencé à avoir un aperçu direct de South Central au travers des yeux de Kico et de ses copains. Après avoir pris des clichés des garçons et de Tiffany, il a passé plusieurs jours à écumer avec eux différents sites de skate-board tout en apprenant quelques détails sur leurs vies. C’est également à cette époque-là qu’il a fait la connaissance de Jonathan, l’acteur principal du film.

« Il se trouve que là où ils vivent, le style en vogue est de porter des vêtements extra larges, genre baggy, une sorte de signe d’appartenance à un gang, dit-il. Et que si vous ne respectez pas ce style, ça peut vous créer des problèmes. Or ces garçons n’écoutaient pas de hip-hop et portaient des vêtements trop serrés, des vêtements des années passées qui ne leur allaient plus, et qu’ils appelaient « young clothes » « fringues jeunes ». Ils avaient les cheveux longs, et étaient tout simplement exubérants. Ils ne buvaient pas, ne se droguaient pas, et ne fumaient pas non plus. Ils s’éclataient tout simplement au naturel. »

A l’origine, Rebel magazine avait prévu d’avoir Tiffany Limos en couverture, avec cinq doubles pages photos. Mais les clichés ont tellement plu que Larry Clark a obtenu vingt-trois pages et une interview. Ceux de Jonathan, notamment, étaient si captivants que le numéro a été édité avec deux couvertures différentes : une avec Tiffany, l’autre avec Jonathan.
Larry Clark s’est alors dit qu’il pouvait peut-être en faire un film.

« JE ME SUIS DIT QUE QUELQU’UN DEVRAIT EN FAIRE UN DOCUMENTAIRE, MAIS MOI, JE N’EN FAIS PAS. »
« Je voulais faire un vrai film basé sur leur vie, explique-t-il. Je voulais que les gens voient ces gamins. Parce que ces gamins-là, on ne les voit pas au cinéma à part s’ils vendent de la drogue ou commettent des crimes. Alors que ceux-là, ce sont des gamins normaux. »

Cette envie de documentaire influence le style de son long-métrage, WASSUP ROCKERS : le travail de la caméra évoque celui d’un documentaire, la majeure partie du film est improvisée, et les garçons, qui ne sont pas des acteurs, jouent leur propre rôle. Clark, comme de nombreux documentaristes, utilise même plusieurs caméras. « Nous avons essayé de tourner avec deux caméras chaque fois que c’était possible, dit-il, de manière à toujours en avoir au moins une pour la mise au point. Par manque d’espace, ce n’était toutefois pas toujours possible. »

Il a aussi choisi d’ouvrir le film avec une séquence documentaire d’une interview de Jonathan. « C’était un an avant le film, lors de mes premiers repérages. Je commençais tout juste, et il s’agit donc de Jonathan, un an plus tôt. Cette séquence ne fait pas partie du film. Je l’ai rajoutée parce que ça me paraissait logique. »

A propos du développement du scénario, il précise : « j’ai passé un an là-bas et chaque semaine, j’allais photographier les garçons sur leurs skate-boards. D’ailleurs, j’ai aussi fait des vidéos de skate ; ça s’est construit au fur et à mesure. »

Le financement aussi a été une gageure. « Il a fallu un certain temps pour trouver l’argent nécessaire. Ma rencontre avec Henry Winterstern s’est faite juste à temps. C’était à peu près un an et demi après celle de Kico à Venice. C’est une éternité, pour des gamins. Parce qu’ils changent et grandissent. Même si dans l’ensemble, ils restent les mêmes. »

Il lui a aussi fallu rassurer sans cesse les garçons. « Je sortais avec eux deux fois par semaine et, pendant un an, j’ai dû les convaincre jour après jour que le film se ferait. » Ce temps passé avec eux fait partie intégrante de la démarche artistique de Larry Clark : en apprenant à les connaître intimement et à gagner peu à peu leur confiance, il a découvert de quoi étoffer considérablement le film.

« La plupart des anecdotes sont celles qu’ils m’ont racontées lors de nos premières rencontres. Pendant les préparatifs, d’autres survenaient et je les incluais. Je les ai un peu embellies, mais chacune d’elles est du vécu. »

« Lorsque nous avons commencé à filmer, précise par exemple Clark, la scène du gamin qui se fait tuer, au début, n’était pas dans le scénario. Et ça s’est produit! Un des gosses que je connaissais, Creeper, a été tué, alors je l’ai intégré au film pour donner un aperçu des dangers auxquels ces gamins sont confrontés au quotidien. »

« LE TOURNAGE DU FILM A ETE DINGUE! DINGUE, DINGUE, DINGUE! »
« C’est le tournage le plus dur, le plus dément que j’aie jamais fait! Lorsqu’on a commencé, les gamins n’étaient pas acteurs et n’avaient encore jamais joué devant une caméra, dit encore Clark. Mais je les connaissais, et ils me faisaient confiance. J’ai fait en sorte de toujours les mettre en valeur. Ils se sont tous révélés être de grands acteurs, très natures et très agréables à diriger. Pile ce que j’espérais. »

Débordante, leur énergie était toutefois plutôt difficile à canaliser. Par moments, ça a rendu certaines scènes pénibles à tourner, et ça a même fini par causer certains problèmes à l’équipe. « L’idée était qu’ils soient eux-mêmes, explique Clark. Je les ai donc laissés libres, mais c’était comme diriger une troupe de chats. Il fallait les rassembler avant chaque prise, chaque mise au point. C’étaient des gamins, totalement hors de contrôle. Mais il fallait que ça soit ainsi. J’ai failli perdre l’équipe de tournage ; ils considéraient ça comme une folie de ma part, de toute façon. La plupart du temps, il n’y avait que moi sur le lieu de tournage, tellement les garçons étaient infernaux et cherchaient des noises à tout le monde. Ca a été le pire cauchemar de ma vie, » conclut-il en riant.

« CE PROCESSUS, AUSSI PENIBLE FUT-IL, ETAIT NECESSAIRE. »
« C’était dément, brutal. Je me suis même fait tabasser! ».

Ces performances époustouflantes d’authenticité, Larry Clark les a accomplies grâce aux relations qu’il a développées avec les garçons un an et demi avant que le tournage ne commence. « Je les connaissais si bien, dit-il. Ils me faisaient tout simplement confiance. »

Parce qu’il souhaitait conserver le plus de naturel possible, Larry Clark ne leur disait que peu de choses du scénario. « J’attendais souvent jusqu’à la fin. Ces gamins ne sont pas des acteurs chevronnés. Ils n’ont même jamais travaillé de leur vie. Je ne voulais pas qu’ils réfléchissent ou même qu’ils essayent de jouer. » Les détails de chaque situation leur étaient révélés le jour du tournage voire même parfois à peine quelques minutes avant qu’il ne crie « action! ». « Je leur avais parlé du scénario dans son ensemble quelques semaines avant la mise en route. Mais nous n’entrions dans les détails que le jour même du tournage de la scène concernée. Je savais ce dont ils étaient capables, et aussi comment procéder pour le leur faire faire. Sans avoir besoin de le mettre par écrit. »

Clark a fait usage de sa connaissance de détails intimes de leurs vies pour introduire une certaine tension dans les scènes et donner une authenticité au scénario. « Si Johnny raconte son dépucelage, explique-t-il, c’est parce que je connaissais l’anecdote. Je ne l’ai pas écrite. Dans le script, il est simplement spécifié : "Jonathan raconte sa première fois". La veille du tournage de cette scène, j’ai pris Johnny à part et je lui ai dit : je vais te faire raconter ta première fois. Alors quand tu iras te coucher ce soir, revis plusieurs fois chaque minute. Comme ça, lorsque tu raconteras la scène à Milton, ce sera tout frais. Cette nuit-là, il a revécu l’expérience et du coup, lorsqu’il en parle à Milton, il évoque des détails que même lui avait oublié depuis. »

Dans certaines scènes, les garçons côtoient des acteurs professionnels, et ces situations ont donné lieu à d’autres défis. Dans la scène entre Kico et Nikki, Clark y a fait face en laissant Kico rester lui-même et en encourageant Nikki à laisser libre cours à sa spontanéité. « Je savais de quoi je voulais qu’ils parlent, explique Clark. J’ai donc demandé à Kico de parler de sa vie, et dit à Nikki ce qui allait se passer. Ce que je voulais, c’était qu’elle lui pose des questions. Je leur ai fait river leur regard l’un à l’autre, et ça a été magique. »

Clark est très satisfait du résultat. « C’est mon film, et c’est exactement ce que je voulais. Mais ça ne s’est pas fait juste comme ça, ajoute-t-il néanmoins. Ca n’a pas été facile, et encore moins une partie de plaisir! »

Que sont devenus les rocker boys ? « Ils vont à l’école, et deviennent peu à peu adultes, répond Clark. Ils ont vu le film, qui leur a plu, mais les gosses du ghetto ne s’emballent pas pour si peu. Ce sont des enfants pauvres, vraiment pauvres. La vie est rude pour eux, et elle les a souvent cruellement déçus. Alors ne leur demandez pas de s’exposer eux-mêmes à d’autres désillusions! »

« MON TRAVAIL, C’EST DE L’OBSERVATION SOCIALE. »
Ce que Clark veut montrer, c’est à quel point leur vie est dangereuse. « C’est le genre d’environnement auquel ces gamins doivent faire face. Tout le monde leur cherche des noises parce qu’ils ne s’habillent pas selon la norme. La menace est réelle et il leur faut l’affronter chaque jour. »

« Les pressions exercées par l’entourage est probablement plus forte au sein du Ghetto qu’à Beverly Hills ou dans la banlieue - la pression pour se conformer au style du ghetto, celui de la rue, à savoir les vêtements "baggy". Ces gamins doivent se battre chaque jour pour ce qu’ils sont. »

« Ils vivent dans un environnement où il est impossible d’apprendre quoi que ce soit. Mais il y a des tas de gosses là-bas qui n’aspirent qu’à être des gosses », dit encore Clark. Et c’est exactement ce qu’il souhaite raconter. Mais ironiquement, une fois à Beverly Hills, les garçons découvrent que leur quartier n’est pas le seul endroit où on leur veut du mal.

« Ce qui est intéressant, précise Clark, c’est que ça se passe à Los Angeles. Parce qu’il y a toutes ces enclaves de gens à South Central. C’est cette vaste étendue qui est véritablement isolée, en fait, parce qu’uniquement constituée de latinos et de noirs. Il n’y a aucun blanc à South Central, et les gamins n’en avaient jamais réellement connu. »

En ce qui concerne les adolescentes blanches du film, Clark souhaitait montrer leur altérité, et comment l’autre moitié vit son propre ghetto. « A Beverly Hills, les seules personnes de couleur que ces filles connaissent sont leur cuisinière et leur jardinier. » Naturellement, ce sont aussi les seules personnes à qui les garçons se fient lorsqu’il leur arrive des ennuis là-bas.

CES PETITS ROCKERS NE RESSEMBLENT EN RIEN AUX AUTRES KIDS DE CLARK.
« J’ai fait KIDS il y a dix ans, observe Clark. Là, c’est un KIDS où personne n’est acteur. » Mais pour Clark, la comparaison s’arrête là. « Je ne veux pas refaire le même film. A quoi bon? C’est curieux : vous faites un film, et tout le monde s’attend à ce que vous refassiez le même! »

Ce que Clark trouve remarquable, c’est comment ces enfants réussissent à survivre et à mûrir sans tomber dans le piège de la drogue, des gangs ou du crime. « Ca s’explique par ce dont ils sont témoins à longueur de temps, explique Clark - certains ont des membres de leur famille impliqués dans des gangs. Ils voient ce que leurs aînés voient les tueries, et le reste. Il y a des tas de gamins à South Central qui ne veulent pas finir comme ça. » Et c’est cette rébellion que Clark souhaitait filmer.