Young Yakuza

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Réalisateur Jean-Pierre Limosin Producteurs Hengameh Pahani, Christian Baute Directeurs de Production Pierre Geismar, Pascal Metge Image Julien Hirsch, Céline Bozon Son Nobuyuki Kikushi, Masaki Hatsui, Takeshi Ogawa, François Musy Montage Tina Baz Assistant Réalisateur Basile Doganis Musique RGM, Xavier Jamaux Production Celluloid Dreams Productions Co-production Arte France, Unité Programme Thierry Garrel, Pierrette Ominetti
 

Jean Pierre Limosin

Jean-Pierre Limosin rencontre à la fin des années 1970 Alain Bergala alors critique aux Cahiers du cinéma. Les deux hommes s’occupent ensemble d’un atelier photographique et vidéo. En 1983, ils co-réalisent FAUX FUYANTS, Le film est présenté à la Semaine de la Critique à Cannes en 1983. Seul derrière la caméra, il poursuit à la fin des années 1980 cette piste dramatique avec GARDIEN DE LA NUIT (1986) puis L’ AUTRE NUIT (1988).
Au début des années 1990, il se tourne vers le documentaire. En 1993 puis 1995, il dresse des portraits d’Abbas Kiarostami et Alain Cavalier pour la collection Cinéma de Notre Temps. Il s’intéresse ensuite à d’autres personnalités puis au Japon. C’est là-bas qu’il revient à la fiction avec un thriller fantaisiste, TOKYO EYES, oscillant entre jeu vidéo et jeu de rôle. L’année suivante, il réalise un documentaire sur Tokyo et un autre sur le cinéaste Takeshi Kitano qui faisait une apparition dans TOKYO EYES. En 2002, il approfondit son exploration d’un cinéma commercial ouvert à l’expérimental avec NOVO. On y suit les déambulations de Graham, incapable de se souvenir d’évènements remontant à plus de 10 minutes, à la recherche d’un plaisir sans cesse renouvelé. En 2005, il réalise une fiction pour Arte France CARMEN, l’histoire d’une bonobo femelle, cousine du chimpanzé, qui se trouve confrontée à l’énigme qu’est l’homme.
FILMOGRAPHIE LONGS METRAGES
2006 YOUNG YAKUZA Cannes 2007
2005 CARMEN Venise 2005 Orizzonti
2002 NOVO Locarno 2002
1998 TOKYO EYES Cannes 1998 Un Certain Regard
1988 L ’AUTRE NUIT Festivals: Cannes 1988 Cinéma en France
1986 GARDIEN DE LA NUIT
1983 FAUX FUYANTS (en collaboration avec Alain Bergala) Festivals: Cannes 1983 Semaine de la Critique

DOCUMENTAIRES
2006 LE HOME CINEMA DES FRERES DARDENNE Cinéma de Notre Temps.
2000-2002 LA REVUE, émission culturelle sur l’art contemporain
1 - Christian Lacroix
8 - Noir Désir
9 - Noël Godin
1999 TAKESHI KITANO L’IMPRÉVISIBLE Cinéma de Notre Temps
1999 VOYAGES, VOYAGES TOKYO
1998 THOMAS BERNHARD Un Siècle d’Écrivains
1996 SALIF KEITA, CITIZEN AMBASSADEUR
1995 ALAIN CAVALIER, 7 chapitres, 5 jours, 2 pièces-cuisine, Cinéma de Notre Temps
1993 ABBAS KIAROSTAMI, VÉRITÉS ET SONGE Cinéma de Notre Temps
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Sélection Officielle -Festival de Cannes 2007

Young Yakuza

Jean Pierre Limosin
Distribution :: 
Date de sortie :: 
09/04/2008
France - 2006 - 1h39 - couleur - 35mm - 1 :77 – Dolby SR SRD
Véritable plongée dans l’univers de la mafia japonaise, Young Yakuza est le récit initiatique d’une rencontre, celle d’un jeune homme désœuvré et d’un parrain, lui-même en pleine crise identitaire. Placé par sa mère en apprentissage au sein d’un clan mafieux, Naoki va découvrir le quotidien des Yakuzas pendant une année entière. Ensuite, il lui appartiendra de choisir : rester ou quitter ce monde qui s’accroche à son passé…
L’INTERVIEW DE JEAN-PIERRE LIMOSIN

PREMIER CONTACT AVEC LE «MILIEU»

J’avais la même innocence que Naoki concernant le milieu des Yakuzas. Je n’ai jamais été amateur de film se passant dans la mafia japonaise. J’avoue que je suis même passé à côté de SONATINE de Kitano quand je l’ai vu la première fois.
Tout a commencé par une rencontre. J’avais filmé des bonus au Japon pour le dvd de NOVO avec la collaboration d’une amie interprète. Un jour cette jeune femme m’a téléphoné pour me demander si j’accepterais de rencontrer un japonais, de passage à Paris, qui voulait simplement rencontrer des gens. J’ai accepté. Au premier rendez-vous, au premier coup d’œil j’ai su qui il était. A la même seconde j’ai vu sur son visage qu’il l’avait ressenti. Il s’est présenté ouvertement comme un chef Yakuza. Nous avons discuté un peu de tout. Je me souviens de ses questions pointues sur des points de détail du film LE PARRAIN Le dernier jour de son séjour parisien, il m’a demandé si je serais intéressé pour filmer de l’intérieur un clan Yakuza. Je lui ai répondu que je pensais que c’était impossible. J’ai évoqué les deux documentaristes japonais poignardés pendant qu’ils effectuaient une enquête ainsi que le cinéaste Juzo Itami qui a été balafré par une bande après la sortie de son film de fiction qui portait un regard caustique sur la mafia. Il a quand même insisté pour que je vienne voir ce qu’était un clan Yakuza. Deux mois plus tard, profitant d’une invitation d’une école de cinéma de Tokyo pour donner des cours, je rendis visite, par politesse, à M. Kumagai. J’ai passé quelques jours à l’intérieur de son clan. J’ai été troublé par son envie de laisser entrer une caméra pour la première fois dans leur histoire.

POINT DE VUE NÉOPHYTE
Il a fallu trouver un angle qui permettait de rester neutre. Prendre le problème par le point de vue d’une jeune recrue me paraissait judicieux. Son expérience quotidienne soutiendrait le récit du film. Tout cela était beau sur le « papier ». Mais dans la réalité, il n’y a quasiment plus de nouveaux arrivés. Le film a eu de la chance quand est apparu l’opportunité de filmer Naoki. De toute façon un tel projet, il fallait mieux être chanceux et surtout le rester !

CONTRAT MORAL
J’avais proposé à M. Kumagai des règles, des principes pour que ce projet de film aille à son terme : je ne filmerai pas l’illégalité de leurs activités. Nous n’étions pas là pour faire une investigation télévisuelle, mais plutôt un travail cinématographique. J’ai demandé, une fois le film commencé, que M. Kumagai verbalise ce principe. La scène est dans le film. Les images devaient rester hors de tout contrôle du clan. Nous nous sommes mis d’accord sur ces divers processus de création, à la suite de longues discussions sur le cinéma et grâce au visionnement de beaucoup de films documentaires et de fictions. Une véritable confiance s’est instaurée mais, nous sommes restés indépendants.

A NOUVELLE RECRUE, NOUVEAU PRODUCTEUR
J’ai reçu un coup de fil me prévenant de l’arrivée d’une jeune recrue dont le profil et la personnalité étaient prometteurs pour le clan et pour le film. J’ai immédiatement pris l’avion pour le rencontrer. Julien Hirsch et son assistant Jean-Christophe Beauvallet m’ont rejoint et avec la collaboration d’un excellent preneur de son japonais, Kikuchi-san nous avons tourné une semaine entièrement financé par Celluloid-Dreams. Le film a été tourné en pellicule, en faisant des claps. Je tenais à ce rituel un peu solennel , un peu archaïque qui leur correspondait bien. Puis je suis rentré en France pour écrire le projet et quelques jours plus tard, Thierry Garrel (ARTE) suscitait son intérêt pour le film. Il fallait trouver des partenaires qui s’engagent dans l’heure !

LE FACTEUR TEMPS
Le temps est un personnage du film. J’avais envisagé un marquage du temps au début de chaque période de tournage. Cela commençait par un Day One, le premier jour de Naoki dans le clan Kumagai. Je désirai également que les saisons soient mentionnées.... Au cours du montage final ces indications contrariaient la fluidité du récit. Implicitement, il est resté dans la bande son que le Daydream de l’épilogue. Le tournage s’est échelonné sur 8 périodes au cours d’un an et demi. La plupart des évènements sont retranscrits ou évoqués dans le film. Du fait de filmer sur une longue période, à la fois la petite équipe de tournage et les membres du clan, tous nous avons changé de comportement. On peut voir au cours du film un lent travail de métamorphose.

PONCTUATIONS MUSICALES
Dès le début du projet, j’avais envisagé la présence d’un chœur chanté qui apporterait le contexte des thèmes abordés à l’intérieur du clan, à chaque saison. Je pensais qu’on serait submergé par le côté tragique de ces hommes, c’est pourquoi j’avais besoin d’un coryphée.

ENTRE RAP ET MAFIA
Le trio de rappeurs ont le même âge que les jeunes apprentis du clan. Ils devaient avoir une présence en miroir par rapport aux jeunes maffieux. Après chaque période de tournage, je montais le film. On leur envoyait lepré-montage et ils avaient connaissance des thèmes qui seraient abordés au prochain tournage. Ils composaient en conséquence.

FINAL CUT
Il devrait aller de soi qu’un chef Yakuza qui ordonne des coupes de doigt puisse ordonner des coupes d’image. Et bien non. La seule demande qu’il ait formulée, avec embarras, concernait un plan très court, tourné au cours de la fête de fin d’année. Dans la séquence où les jeunes se présentent au micro et énoncent leur résolution pour l’année à venir. J’avais monté une succession de trois jeunes yakuzas. M. Kumagai voulait que l’on retire l’un des trois. Je lui ai demandé pourquoi...Parce qu’il a été exclu du clan... Il a volé de l’argent dans le portefeuille d’un chef. J’ai éclaté de rire et accepté de retirer les 10 secondes de ce garçon qui je l’espère lira un jour, Jean Genet.