Yumurta

Text Resize

-A +A
Réalisation Semih Kaplanoglu / Scénario Semih Kaplanoglu, Orçun Köksal / Producteur Semih Kaplanoglu / Co-productrice Lilette Botassi / Photographie Özgür Eken / Montage Semih Kaplanoglu, Ayhan Ergürsel, Suzan, Hande Güneri / Décors Naz Erayda / Son Ismail Karadas / Mixage Yorgos Mikrogiannakis / Assistante réalisatrice Iraz Uzun / Cadreur Orçun Özkilinç / Décors Metin Baki / Régisseur général Özkan Yilmaz  / Une co-production Kaplan Film Production, Inkas Film Production / avec la participation d’Eurimages, du Ministère de la Culture (Turquie) et du Centre du Film (Grèce)
 

Semih Kaplanoglu

Semih Kaplanoglu est né en 1963. Il est diplômé en cinéma et télévision de l’université d’Izmir en 1984. Depuis 1987, il signe de nombreux articles sur l’art et le cinéma dans la presse nationale et internationale. Scénariste et réalisateur de séries télévisées et de publicités, il signe son premier long-métrage Away From Home en 2000, nommé dans beaucoup de festivals à travers le monde.
Son second film Angel’s Fall (2004) reçoit également un excellent accueil tant critique que public. Après sa présentation en première mondiale au 55e Festival de Berlin, il obtient, notamment, le prix du Meilleur Film au Festival des Trois Continents à Nantes, au Festival de Barcelone et le prix FIPRESCI au 24e festival d’Istanbul. Depuis, Semih Kaplanoglu a entrepris la production et la réalisation d’un tryptique, La trilogie de Yusuf, composé de Bal (Le miel), Süt (Le lait) et Yumurta (L’œuf ).

filmographie

2000    Away from home (Herkes Kendi Evinde)
2004    Angel’s fall (Melegin düsüsu)
2007    Yumurta
2008    Milk (Süt)
2009    Miel (Bal)
Films du même auteur valorisés par le Gncr: 
Informations complémentaires: 

Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2007

Yumurta

Semih Kaplanoglu
Distribution :: 
Date de sortie :: 
23/04/2008
Turquie / Grèce 2007 - 1h37 - Format 1.85 - son Dolby Digital Surround
La mort de sa mère ramène Yusuf, un bouquiniste d’Istanbul, dans son village natal. Dans la maison familiale, l’attend Ayla, une jeune fille qui partageait l’existence de la défunte depuis quelques années et qu’il ne connaît pas. Comme beaucoup d’autres gens du village, Ayla voue une admiration muette et fascinée à Yusuf, fruit d’un début de notoriété passée du temps où il était poète. Ayla lui demande d’accomplir le rite sacrificiel que sa mère n’a pas eu le temps de faire avant de mourir. Yusuf finit par accepter, incapable de s’opposer au sentiment étouffant de la culpabilité...
Troisième film du réalisateur, Yumurta est aussi le premier volet d’une trilogie qu’il entend consacrer à son personnage
principal.
Film réussi du Turc Semih Kaplanoglu sur l'idylle naissante d'une jeune femme pour un poète.

Dans l'intimité de l'«OEuf»
On l'avoue sans fard : on ignorait tout, hier encore, du réalisateur turc Semih Kaplanoglu. Ce cinéaste quadragénaire, critique d'art à ses heures pour le quotidien stambouliote Radikal, manigance l'intrigant projet d'une «Trilogie de Yusuf » (OEuf-Lait-Miel) dont voici le premier volet.
Elégant.  Yumurta («oeuf»), donc, est l'histoire d'un fils en deuil de sa mère et qui revient dans sa campagne natale pour l'enterrer. Dans la maison familiale, il trouve la jeune et belle Ayla, une inconnue que sa mère avait installée à demeure depuis quelques années pour, suppose-t-on, l'assister. Ayla (la très bonne et très belle jeune actrice Saadet Isil Aksoy) est l'objet de toutes les convoitises de la part d'un jeune et bel électricien voisin, dont elle n'a cure. Comme beaucoup d'autres gens du village, Ayla voue une admiration muette et fascinée à Yusuf qui, lui, vit dans la grande ville, possède une librairie et a eu l'honneur de quelques articles flatteurs dans la presse turque lorsque ses premiers travaux en poésie furent publiés. Car Yusuf s'est longtemps rêvé écrivain, mais le poète n'aimait pas ce qu'il écrivait, et il a donc reposé définitivement sa plume.
Formellement, Yumurta développe ce que l'on est tenté d'appeler un style turc, si une telle chose existe, qui l'apparenterait facilement au maître Nuri Bilge Ceylan : amplitude des cadres, élégie du paysage, lenteur et précision, temps laissé au temps... Il ne possède sans doute pas encore toutes les ressources démiurgiques du metteur en scène des Climats, mais son oeil est celui d'un incontestable cinéaste, dont l'affût élégant, la patience embusquée, sont légitimement récompensés : souvent, au terme de ses plans très soignés et qu'il scande avec une rigueur toute classique, une indéfinissable étincelle froide vient placer sa couronne ciné.
Humanité. Au cours des brèves journées d'un hiver turc splendide et mordant, la tendre caméra de Semih Kaplanoglu accompagne Yusuf (impeccable et attachant Nejat Isler) dans tous les replis de son intimité mentale : cauchemars, frayeurs, apoplexie mais aussi rêveries, sensualité, esquisses de sourires bienveillants. C'est cette calme tempête d'humanité qui emporte assez vite le morceau : Yumurta, que l'on pourrait définir comme le beau retour du fils pas du tout prodigue ni prodige, est un film au très grand charme qui réussit à emballer sans ne jamais nous faire de l'oeil.
Par Olivier SEGURET, Libération. mai 2007.

**********
ENTRETIEN AVEC SEMIH KAPLANOGLU
Le premier plan du film installe le spectateur dans une atmosphère campagnarde fantomatique, traversée par le personnage de la mère de Yusuf. Y est-il seulement question de mort, ou aussi de solitude ?
Le sens profond de ce prologue est celui de la mort. L'espace est volontairement indéfini et le lieu que cache le brouillard est un cimetière. Métaphoriquement, c'est un plan-séquence qui suit la mère sur son chemin vers la mort. Je l'ai volontairement choisi pour ouvrir le film, parce qu'il révèle aussi mon désir de  laisser parler les lieux et les visages.

Quels sont vos souvenirs d'enfance les plus prégnants, liés à votre mère et à votre désir de cinéma ?
Dans le village où j'ai passé mon enfance, la télévision n'existait pas et pendant l'été, un grand nombre de familles passait ses soirées au cinéma. Les films ne passaient pas dans des salles normales mais en plein air. Mes parents m'y emmenaient le plus souvent possible, car c'était le seul endroit où j'arrivais à m'endormir (rires). C'est Abbas Kiarostami qui disait qu'on ne s'endort au cinéma que devant les bons films… Il y régnait une ambiance spéciale et un peu étrange, nous regardions le film projeté tout en étant perturbés par des sons extérieurs. Je me souviens même d'une projection à proximité d'un chemin de fer : les trains passaient, des trains à vapeur, et projetaient derrière l'écran leur vapeur et des morceaux de bois... Toutes ces images de cinéma restent vagues, il y avait des visages que j'ai appris à connaître par la suite. Je me rappelle que j'étais surtout affecté par les films sentimentaux, mais l'impression dominante était la tranquillité, la paisibilité… En ce qui concerne l'image de la mère, je me représente toujours le cordon ombilical coupé après la naissance, mais pour moi, ça n'altère en rien la pérennité du lien métaphorique et psychologique. Après l'enfance, tous les pas que j'ai faits dans ma vie ont été guidés par cette relation avec ma mère, et cette relation a aussi évolué. A partir de 18 ans, je me suis éloignée d'elle, en vivant ailleurs ; c'est avec l'âge que je me suis rendu compte de son influence sur ma vie, mon destin. Je dirais même que ce lien devient plus fort avec le temps.

Dans votre film, le personnage de Yusuf a rompu ce lien et s'est éloigné de ses racines, peut-être aussi de lui-même, en abandonnant la poésie…
En fait, Yusuf croit qu'il a réussi à se débarrasser de tous ces liens, mais à mesure que le film progresse, il se rend compte qu'il n'y est jamais parvenu. D'une certaine façon, il ne s'est jamais véritablement accompli. Lorsqu'il est contraint de retourner dans son village natal, pour l'enterrement de sa mère, il découvre de nouveaux repères liés à sa propre identité, de nouvelles facettes de lui-même.

Laisser du temps au temps, est-ce l'un de vos principes cinématographiques ?
Oui, car selon moi, l'essence primale du cinéma c'est le temps. Dans Yumurta, la forme rejoint le fond, puisque le personnage de Yusuf redevient maître de son propre temps et, par conséquent, de son existence. Plus généralement, la notion de temps fait partie intégrante de la culture turque. Dans la plupart des pays industrialisés, il passe vite, tronçonné en des segments courts : pour moi, cela, tient au fait que l'homme vit trop éloigné de la nature. En Turquie, je crois que nous avons plus de temps pour réaliser nos actions ; c'est un temps, comme on dit, plus «cosmique”. Dans notre art, notre littérature moderne, l'un des thèmes principaux est la contradiction que vit l'homme intérieurement, entre le temps lié au quotidien urbain et celui propre à la nature. C'est aussi une confrontation entre le moderne et le conservateur, et, dans le film, c'est ce que vit douloureusement Yusuf.

Il y a justement deux scènes dans Yumurta, où Yusuf trouve refuge dans la nature pour évacuer le poids du deuil.
Exactement. Et c'est lors de ces moments d'extrême solitude, dans un environnement qui ne lui est plus familier, que Yusuf accepte le deuil et exprime sa douleur… Pour en revenir à la culture turque, il y a aussi ce moment où Yusuf va chez le coiffeur, qui lui rase la barbe et ne lui laisse que la moustache. Ca n'est d'ailleurs pas sa décision, mais celle du coiffeur, et pourtant, il ne la conteste pas. C'est, symboliquement, un premier pas vers le retour aux sources de Yusuf : il retrouve un visage qui est en adéquation avec celui qu'il aurait s'il vivait toujours dans ce village. En province, la plupart des hommes turcs portent la moustache, comme une marque de virilité et d'appartenance à leur village.

En quoi était-ce important de faire d'Ayla, la détentrice de la mémoire familiale et des traditions ?
Lorsque Yusuf revient chez lui, on se rend compte qu'il ne s'est pas beaucoup préoccupé du quotidien de sa mère. Cette jeune fille appartient à sa famille, et c'est elle qui a accompagné sa mère jusqu'au deuil : en quelque sorte, elle a hérité de sa sagesse, de ses paroles et de son affection envers son fils. Ayla est une passerelle, voire la continuité de la figure maternelle. C'est pour cette raison que le film entretient le flou autour de l'attachement qui naît entre elle et Yusuf. Dès le début du scénario, je voulais qu'Ayla soit pour Yusuf la représentation qu'il avait de sa mère, à 6 ou 7 ans. La première image qu'il a d'Ayla est sa nuque, lorsqu'elle est en train de faire la vaisselle : c'est une image qui surgit du passé, liée à des bruits, à des odeurs, à des gestes. Les objets et les gens sur lesquels Yusuf porte un regard le renvoient à son enfance… Ayla, c'est aussi la pérennité de la femme traditionnelle turque qui vit dans ce cadre provincial.

En même temps, Ayla affirme clairement son envie de suivre des études et de partir loin, c'est-à-dire de suivre l'exemple de Yusuf…
Pas forcément. Ayla est jeune, et comme tous les adolescents de province, rêve de s'en aller. Elle n'est pas le symbole d'une tradition coupée de toute évolution. Lorsqu'elle évoque ses projets pour le futur, ils ne sont pas d'une ambition démesurée, ils sont même vagues : par exemple, elle ne souhaite pas devenir médecin, mais infirmière. Et en Turquie, c'est un projet de vie plutôt traditionnel ! Ayla n'aura certainement pas besoin d'une rupture aussi profonde que celle choisie par Yusuf ; elle n'en exprime d'ailleurs jamais le besoin.

Yusuf a une façon très pudique d'exprimer son deuil. Est-ce que cette retenue des sentiments est dictée par la fiction ou correspond-t-elle à l'un des traits de la sensibilité turque ?
En Turquie, les gens pleurent déjà plus facilement si c'est quelqu'un de jeune qui meurt. Et puis, on apprend encore à tous les garçons, depuis leur plus petite enfance, à éviter de pleurer. Les femmes ont plus de liberté par rapport à l'expression du chagrin. Là encore, c'est traditionnel de garder la douleur en soi et de ne pas l'exprimer physiquement. Pour les hommes, on en revient à la notion de virilité, et ça vaut pour les sentiments heureux et malheureux. Les hommes sont tenus à la modération dans ce domaine et s'interdisent les excès.

L'un des seuls moments où Yusuf se laisse aller, c'est de manière indirecte lorsqu'il tombe à terre, victime d'une crise d'épilepsie…
Absolument. Et ça n'est pas un hasard si j'ai choisi l'épilepsie, parce que les crises
sont très souvent provoquées par une charge émotionnelle, une montée d'angoisse, un mal-être, tout ce que ressent Yusuf, à compter de son retour au village.

Est-ce que c'est, encore une fois par fidélité à ce que la tradition impose, ou par choix de cinéaste, que vos personnages se regardent plus qu'ils n'échangent de paroles ?
Les deux hypothèses sont justes. A l'est de la Turquie, là où se déroule le film, des gens comme Yusuf et Ayla ne se parleraient pas davantage qu'à l'écran (rires). Lorsque j'écris un scénario, j'essaye aussi de simplifier les dialogues au maximum, de les épurer. Pour moi, le sens profond du cinéma est de transmettre des émotions, une réflexion, à travers des images et non des mots. C'est comme dans la vie où les choses importantes sont des non-dits, existent entre les lignes et pas de façon ostentatoire. Dans Yumurta, les personnages ne sont pas privés de parole, mais ils gardent pour eux leurs sentiments les plus profonds. Toute la difficulté, mais aussi l'intérêt du cinéma, est de traduire ces non-dits par l'image.

Le cinéma qui vous a nourri et celui que vous aimez aujourd'hui sont-ils à l'image du vôtre ?
Sur un point fondamental : l'éthique. Lacan disait que le seul moyen, aujourd'hui, de faire de la philosophie est de tourner un film. Je suis toujours en accord avec lui. Mais tous les cinéastes ne sont pas guidés par cette démarche. Moi, je me retrouve dans celle qui a guidé Robert Bresson, Ozu, Bergman, Antonioni, Tarkovski. J'essaye de suivre le chemin qu'ils ont tracé et qui m'a ouvert l'esprit et le coeur au cinéma. Bien sûr, chacun de mes films est personnel, ne serait-ce qu'à travers les thèmes traités, mais je reste fidèle à certains principes. Il y a notamment l'aspect métaphysique du cinéma, un travail caractéristique sur le son, l'absence de musique, l'emploi de comédiens amateurs qui mettront en avant le personnage et non leur image connue du public, le goût des plans-séquences, et puis je suis mon propre producteur… Attention, je ne vénère pas que des réalisateurs disparus (rires) : par exemple, je me retrouve complètement dans le cinéma des frères Dardenne.

Le fait de produire vos films vous autorise-t-il à travailler dans la sérénité temporelle ?
Ce qui est fondamental, c'est que je ne pourrais pas tourner ces films-là si je ne les produisais pas. Dans le paysage cinématographique turc, très peu de cinéastes sont leur propre producteur, à part Nuri Bilge Ceylan et Zeki Demirkubuz, qui sont aussi des amis proches. C'est impossible de trouver des investisseurs pour des films comme les nôtres, parce que le cinéma populaire et rentable attire trois à quatre millions de spectateurs, alors que mes films ne peuvent espérer plus de 50.000 personnes. Et puis, certains sujets font peur, comme dans La chute de l'ange, mon précédent film, qui parlait d'inceste : la censure m'est tombée dessus, lors de sa diffusion à la télé, alors que c'était une chaîne privée payante ! Par contre, je trouve de l'argent grâce à des fondations et actuellement, je termine Süt (Le lait), le second volet de la trilogie, grâce à l'aide d'un coproducteur français. Je travaille aussi avec un monteur et un ingénieur du son français. Quant à Yumurta, il a été tourné en huit semaines, et la post-production a duré six mois.

Cette indépendance vous permet aussi d'exporter vos films à l'étranger et de parcourir les festivals. Est-ce que ça suffit à compenser le manque de public en Turquie ?
Ca serait plus simple d'attirer le public dans mon pays. Il suffirait que mes films soient vus par 120.000 spectateurs turcs pour financer le film d'après, puisque je fonctionne toujours sur un budget modeste, avec une équipe de quinze personnes, des comédiens qui touchent un cachet symbolique, et que je paye mal le producteur, le scénariste, le monteur et le réalisateur, puisque je suis les quatre (rires). Si vous observez bien mes films, Yumurta notamment, vous verrez qu'il n'y a besoin ni de chariot pour la caméra, ni de lumière artificielle. L'esthétique est d'une certaine manière dictée par la limitation des possibilités : les plans sont fixes et je tire le maximum de la lumière naturelle. Par contre, je m'amuse beaucoup, pendant le développement technique du film, à faire des expériences chimiques sur la pellicule, comme forcer les limites du tirage négatif. En somme, je suis un artisan.

Et vous sortez d'un film fier ou épuisé ?
Jamais épuisé : au contraire, régénéré ! Je vis une aventure à chaque étape de la
fabrication : se tenir prêt, intellectuellement et physiquement, à devoir trouver une
solution, c'est motivant et créatif. Sur Yumurta, j'ai dû apprivoiser la lumière nocturne et j'ai testé au moment du mixage la combinaison du son direct et des effets sonores rajoutés. Sur les deux prochains… on en reparlera (rires).

Quel est le fil rouge qui court entre les trois volets de cette trilogie, amorcée avec Yumurta?
Le fait pour chaque être humain d'essayer d'exister. C'est le cheminement intérieur, avec tout ce que ça comporte de douleur et d'espoir, qui m'intéresse.

Pourquoi avoir choisi de commencer, avec Yumurta, par la conclusion de cette trilogie ?
Parce que je pense que pour se comprendre soi-même, on ne cesse de faire des allers-retours entre le présent et notre passé. C'est aussi le principe de la psychanalyse de rechercher les traumas pour avancer, évoluer au quotidien. Ces voyages dans le passé, ces retours sur ce que nous avons été, sont indispensables pour maîtriser son destin et s'ouvrir davantage aux autres. Yumurta parle d'un homme de 40 ans, Süt (Le lait) de la fin de l’adolescence et Bal (Le miel), le dernier volet de la trilogie, s'attachera à un garçon de 6 ans : si on rapproche le regard de cet enfant de celui de l'adulte, la vie de ce personnage va défiler et prendre sens devant nos yeux.

Est-ce qu'en tant qu'homme et cinéaste, vous êtes parvenu à faire ce cheminement intérieur, et quelle conclusion en tirez-vous, pour l'instant ?
Je ne l'ai pas encore achevé, heureusement. Mais, prenons l'exemple de Süt (Le
lait) qui parle d'un jeune d'une vingtaine d'années : lorsque je me souviens de cette période, je m'ennuyais ferme, je n'avais aucune idée de ce que serait ma vie. Si on m'avait raconté, à l'époque, par quelles étapes je devrais passer, je me serais peut-être enfui en courant. Aujourd'hui, je suis content d'en être arrivé là !

Entretien réalisé par Philippe PAUMIER