Menace sur les cinémas publics - Collectif des Cinémas Publics

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Le Collectif

Menace sur les cinémas publics - Collectif des Cinémas Publics

Menace sur les cinémas publics

Collectif des Cinémas Publics * CCP

« Le Festival de Cannes est un Festival d’Art Cinématographique. Nous (Cinémas publics) sommes là pour mettre en valeur les nouvelles écritures, les nouvelles formes, les nouvelles inventions visuelles de l’époque et le Festival de Cannes, chaque année au mois de mai, est une sorte de photographie, à la fois éphémère et durable, quand on additionne les années, de ce qu’est l’Art du Cinéma. » Thierry Frémeau, Avant Cannes 2015
Les cinémas publics diffusent l’intégralité ou presque… des films (courts et longs métrages) de Cannes. Certaines sélections comme l’ACID, la Quinzaine des réalisateurs, la Semaine de la Critique, Un certain regard, sont programmées exclusivement entre leurs murs. Les souhaitons-nous en VAD ? Avant de répondre non, lisez la suite pour vous assurer que ces films existent encore près de chez vous.
C’est arrivé près de chez vous !
La baisse des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales se traduit dès à présent par des coupes budgétaires. La culture étant devenue la variable d’ajustement principale des collectivités, les cinémas publics n’échappent pas à cette règle, l’ensemble du secteur artistique et culturel étant déjà gravement atteint par un phénomène sans précédent.
Trente années de décentralisation culturelle, de choix politiques ambitieux, sont donc aujourd’hui remises en question (baisse des dotations, suppression de postes, fermeture de salles, disparition de festivals, uniformisation de la programmation, baisse de l’action culturelle…).
Ce mouvement de paupérisation est dramatiquement amplifié par le contexte flou d’une réforme territoriale où le devenir des établissements cinématographiques de proximité n’est pas pris en considération, à l’instar de la plupart des autres équipements culturels. Les salles de cinéma ne risquent elles pas d’être réduites aux seuls multiplexes et aux établissements des centres des grandes villes ?
Rappelons que la France est le seul pays au monde à posséder un tel maillage territorial et une telle variété de salles.
Rappelons également que les cinémas publics représentent 50% des établissements cinématographiques français et réalisent près de 25 millions d’entrées annuelles.
Ils contribuent au vaste élan des salles art-et-essai qui permet au public de découvrir la richesse et la diversité du cinéma mondial, quels que soient ses origines, ses genres, ses formes. A preuve l’excellente fréquentation de films comme Taxi Téhéran, Les Combattants, The Grand Budapest Hôtel ou Timbuktu.
Ce sont aussi des espaces populaires privilégiés pour la découverte des talents émergents et confirmés, où tous les publics, grâce à des tarifs adaptés, échangent avec les cinéastes et autres invités, où les enfants peuvent découvrir l’art cinématographique, où les associations peuvent porter des projets artistiques et citoyens, où l’innovation en matière de médiation et d’accompagnement des publics est au coeur des développements. Les salles publiques prônent la découverte, la recherche, la convivialité, l’éducation, la défense de la création, en solidarité avec les artistes, les producteurs, les distributeurs et la société civile.
Ces établissements sont des espaces ouverts sur la cité, sur la réalité de la France et du monde, où l’anonymat consumériste n’est pas de mise, où le mot partage a encore du sens, où le lien social est encore incarné.
Avec ces coupes budgétaires, c’est la rencontre entre la culture et l’intelligence des publics qui est bafouée, c’est même une atteinte à l’exigence démocratique.
Demain, ces établissements n’auront plus les moyens de poursuivre leurs missions d’intérêt général, celles-là mêmes qui favorisent le vivre ensemble et l’accès démocratique à la culture, particulièrement dans les banlieues et les zones rurales. Ces territoires, y compris ceux où l’extrême droite fleurit à chaque printemps électoral et pour lesquels les médias se désolent, n’ont-ils pas le droit aux mêmes exigences culturelles que Paris ou les grands centres villes ?
La culture est-elle réservée à certains plutôt que d’autres ? Quelle sera l’issue des prochaines élections si certains territoires en sont privés ? On peut sans doute affirmer que l’abandon de toute politique culturelle ambitieuse ouvre non seulement un boulevard à la seule logique marchande mais encourage également l’individualisme ambiant et l’intolérance.
Les cinémas publics, fruits d’une volonté politique exigeante et d’un long travail de décentralisation, sont aujourd’hui menacés.
C’est pourquoi le collectif des cinémas publics appelle à une large mobilisation des cinémas et des cinéastes, producteurs, distributeurs, enseignants, associations, spectateurs… et toutes celles et ceux qui se retrouvent dans la défense des valeurs portées par nos cinémas.
Nous souhaitons également interpeller le Ministère de la culture, le CNC, les femmes et les hommes élus.

*Etablissements cinématographiques, privés et publics, ayant des missions de service public et d’intérêt général



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Le CCP, Le 11 mai 2015