Le Cinéma Omnia République à Rouen

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Portrait de salles

Le Cinéma Omnia République à Rouen

Jean-Marc Delacruz est programmateur de l’Omnia République à Rouen, un grand cinéma de 7 écrans, classé art & essai, ayant les trois labels : Recherche & Découverte, Jeune public, Patrimoine et Répertoire.
Pouvez-vous nous présenter votre salle?
L’omnia république est un cinéma de centre ville de Rouen, ville où il y a déjà une forte concurrence (3 multiplexes et une salle Art et essai). Malgré la présence de ces salles, beaucoup de films recherche ne passaient tout simplement pas à Rouen avant la création de l’omnia, il y a deux ans.

 L’Omnia République appartient à la ville de Rouen qui a effectué une délégation de service public. Le PDG est Richard Patry, le directeur de la salle est Hervé Aguillard, et je suis le programmateur. Mon travail consiste donc à faire de cette salle un espace de vie qui propose un cinéma d’auteur libre, pointu, mais également un cinéma généraliste, en travaillant en réseau avec les associations et structures locales, et avec les associations de diffusion du cinéma (Agence du court-métrage, GNCR, ACID, AFCAE, ACOR...).

Comment développez-vous ce réseau ?
Nous travaillons constamment en réseau. Ainsi, nous avons participé l’année dernière au Meilleur de la Quinzaine des réalisateurs. J’ai programmé plusieurs films, dont La Fée de Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy, et des rencontres en partenariat avec le GNCR qui a initié cette manifestation. La projection de La Fée a également été organisée en partenariat avec le pôle image Haute-Normandie qui a cofinancé ce film au niveau régional. Avec le GNCR et le Pôle image, nous avons organisé une projection en présence de l’équipe du film. Le débat était très intéressant et la salle comble. J’essaie donc de travailler avec les structures cinématographiques, mais également avec les associations locales, des structures municipales : nous travaillons avec l’opéra de la ville de Rouen et programmons des films qui entrent en résonnance avec leur programmation, nous travaillons aussi avec la Cinémathèque de la danse en programmant des films de leur collection et en organisant des débats... Nous sommes aussi partenaires du 106, la scène de musique actuelle de Rouen qui travaille chaque année sur un thème. L’année dernière, c’était “Fast and curious”. Le 106 programmait des concerts, et l’Omnia a proposé une projection de Macadam à deux voies de Monte Hellman avec un débat après la projection, et Crash, Boulevard de la Mort, Easy Rider... Là encore, le public était au rendez-vous grâce à ce partenariat : la projection était médiatisé par le cinéma et par le 106. Ce genre de partenariat nous permet de faire découvrir la salle à un nouveau public. Comme nous poursuivons ce partenariat d’année en année (cette année, le thème est “Utopie”. Le 106 programme des concerts, des soirées, des expositions, l’Omnia Rouen programme plusieurs soirées. La prochaine soirée, nous passons La Vallée de Barbet Schroeder, Lions Love d'Agnès Varda), nous fidélisons le public.

Justement, quelle relation la salle entretient-elle avec son public ?
Le spectateur est le moteur de la salle, il a une place centrale. A nous de faire venir les spectateurs, de les former aussi, parce que le public qui venait dans les salles Art et Essai il y a 20 ans s’est dispersé et a changé. On tente donc de capter des nouveaux publics, parce que l’Omnia République doit vivre sur ses recettes, en proposant un choix de programmation alternatif et audacieux.

Qu’est-ce que l’action culturelle cinématographique pour vous ?
J’ai toujours aimé travailler ce cinéma d’auteur que ce soit au début de ma carrière dans les salles Art et Essai du quartier latin, lorsque j’ai créé une société de distribution (nous avons contribué à faire connaître Vincent Dieutre) ou maintenant à l’Omnia République, parce que ce cinéma procure du plaisir, excite intellectuellement, passionne. Il est important d’insister sur cette notion de plaisir. La Recherche, ça ne veut pas dire chiant ! Par exemple, j’adore le film Les Vieux chats, qui sort bientôt et j’y crois beaucoup. L’action culturelle est également liée à la notion de travail en réseau avec des milieux alternatifs, des associations locales, des associations de cinéma très actives... Il ne suffit pas de programmer un film recherche, ça tout le monde peut le faire ! Il faut accompagner ce film vers les spectateurs, et aller les chercher. Pour conquérir le spectateur, j’ai la sensation que la personnalité des gens qui travaillent dans les salles est essentielle. L’action culturelle, c’est donc pour moi, la notion de plaisir et de collectif. [mai 2012]